Entreprise libérée, pourquoi, pour quoi et … pour qui ? ou comment devenir Sergei Bubka.

De l’autre côté du miroir

Journal d’un dirigeant non équipé de la boussole du libérateur éclairé  Cheminement libération

L’entreprise libérée, management 3.0, manifeste agile, holacratie…

Super, dans 3 semaines, on se fait tous des bisous, on sera heureux et l’argent coulera à flots. Que de belles promesses, nous sommes tentés par ces réussites et le bonheur au travail annoncés !

Lorsque j’ai vu Sergei Bubka passer 6m00 en 1985, j’ai été aussi admiratif. En voyant plus récemment Renaud Lavillenie passer les 6m16,  j’ai foncé, cela paraissait tellement simple. J’ai donc acheté une perche (la même que Sergei par nostalgie), des chaussures, un short, un t-shirt moulant et un livre, j’ai visionné des MOOC sur le saut à la perche, je suis allé à une conférence…mais rien n’y a fait, je n’ai même pas passé 2 mètres et j’ai eu mal aux épaules (très mal, en fait)… « Pouah, le saut à la perche quelle imposture ! », me suis-je alors dit.

 

Nous rencontrons aussi des entreprises qui se lancent ou se sont lancées dans la libération et qui ont « mal aux épaules ». Elles s’épuisent, génèrent de la colère en interne, essaient de se créer un Graal pour matérialiser leurs valeurs, un veau d’or. Elles cherchent un sauveur, croient que « Super Freedom Woman » va apparaître et les libérer. Mais non, ça ne marche pas comme ça.

Claire-Amélie, une amie, me demandait : « L’entreprise libérée, c’est une utopie ? ». Oui, bien sûr, la liberté est une utopie, mais est-ce que ça doit nous empêcher de cheminer vers cette utopie ?

Tout comme la liberté qui est une valeur et n’existe pas formellement, l’entreprise libérée n’existe pas juridiquement. La seule réalité, c’est de cheminer et de faire le bon choix à chaque intersection.

Vouloir se téléporter à la destination « Entreprise libérée » ne peut pas marcher car vous n’avez pas les coordonnées de la liberté. Votre téléporteur – baguette magique va « bugger » et vous amener dans un  chaos où vous ne constaterez que tensions, des départs, l’abandon après l’euphorie, l’incompréhension…

Alors, on fait quoi ? On part d’où on part en faisant face aux enjeux fondamentaux suivants :

  1. Quelle conscience a-t-on de nos valeurs ? Comment les fait-on vivre au quotidien ? Sommes-nous sûrs que nous sommes complètement alignés sur ces façons d’être pour faire ensemble ?
  2. Réfléchissons aux raisons pour lesquelles nous voulons entamer ce voyage et pour qui ? De quoi veut-on se libérer ? Qui est le « prisonnier » qu’on souhaite libérer ? Etre libre, est-ce faire ses propres choix ?
  3. Le management acceptera que vouloir déployer en amont des pratiques est un contresens. Les pratiques émergeront au fur et à mesure : copier Sergei ne fonctionnera que si vous êtes déjà au niveau de Renaud.
  4. Le fameux lâcher prise… Ah oui : « Lâchez prise, je vous l’ordonne » ! Pour un dirigeant, c’est un processus difficile qui peut être douloureux et qui, comme un accouchement (de soi) peut prendre jusqu’à 9 mois. Comment a fait Jean François Zobrist ? Il avait travaillé sur sa nouvelle identité managériale longtemps avant d’arriver chez FAVI.
  5. Quelle est la feuille de route, la méthode ? Heu, comment avez vous appris à marcher ? Il n’y a pas plus de manuel de marche destiné aux entreprises libérées qu’il n’y en a pour les nourrissons. 

Ne visez pas l’entreprise libérée, transformez-vous en partant de vos problématiques et cherchez des solutions sur le chemin de l’agilité, de l’humanisme.

Gardez en tête qu’avant toute chose, c’est le territoire qui vous guidera (et pas la carte !) et que tout ceci doit trouver du sens au sein de la communauté qu’abrite votre entreprise.

 

François Salazar

Crédit photo : Published by the Embassy of the Union of Soviet Socialist Republics to the United States of America – photographer uncredited [Public domain], via Wikimedia Commons

 
François SALAZAR

A propos de François SALAZAR

François occupe aujourd'hui un poste de directeur dans une PME Innovante en transition vers un modèle agile intégral. Il partage aussi ses retours d’expériences comme facilitateur de transition pour les dirigeants.