Qu’est-ce que la démocratie délibérative ?

« Que penseraient les citoyens s’ils pensaient vraiment ? »

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C’est cette question, d’une simplicité désarmante, mettant en jeu les principes d’une démocratie délibérative, qui guide les travaux depuis plus de trente ans de James Fishkin, professeur de sciences politiques à l’université de Stanford.

La philosophie de cette démocratie originelle est très simple sur le principe :

  • sélectionner au hasard un échantillon représentatif de citoyens de générations, de sexes, milieux géographiques et sociaux divers,
  • les informer, et les faire débattre sur une question politique précise.

En créant ce microcosme éphémère à partir de citoyens ordinaires, James Fishkin a pour ambition de restaurer l’idée la plus fondamentale de la démocratie : celle que chaque voix compte.

L’expérience a été menée plus de 70 fois dans 26 pays du monde depuis 1994 pour repenser la gestion des surplus de neige à Sapporo au Japon, décider de l’avenir de stades de football après l’Euro 2012 en Pologne ou encore trouver des parades aux inondations en Ouganda.

Dès lors, pourquoi ne pas utiliser cette méthode pour permettre à un échantillon représentatif du corps social d’une entreprise d’élaborer des pistes de solution pour une gouvernance libérée ?

« Même les gens qui s’intéressent vraiment à la politique (au sens 1er de la vie de la cité) débattent rarement avec des gens différents d’eux, note James Fishkin. Et même les gens qui s’informent consultent rarement des médias avec qui ils sont en désaccord ».

Un point-clé de la méthode de démocratie délibérative est la liberté laissée à la parole.

« Il n’y a pas de pression pour arriver à tout prix à un consensus, comme lorsqu’un jury doit arriver à une décisionSe mettre d’accord sur le fait qu’il n’y a pas de consensus au sein d’un groupe est une façon de créer une dynamique autour de valeurs fondamentales : respect des points de vue de chacun, le processus prime sur le résultat et le collectif sur les individualités les plus influentes… ».

Pourquoi un groupe-miroir, et non toute la population concernée ? 

James Fishkin s’appuie sur les travaux de l’économiste Anthony Downs qui affirmait en 1956 que les citoyens des grands états-nations ont toutes les raisons d’être « rationnellement ignorants ».

« Si je ne suis qu’une voix parmi le Tout, pourquoi prendre le temps de réfléchir et de m’impliquer personnellement ? Quoiqu’il arrive, la responsabilité sera portée par le Tout… Mais si je suis une voix au sein d’un échantillon qui n’est pas le Tout, je vais y réfléchir à deux fois avant de me prononcer ».

Par exemple, c’est cette méthode qui a été choisie pour que 160 citoyens de toutes convictions politiques choisissent leur candidat à la mairie de Marousi, ville des Jeux Olympiques, renouant ainsi avec le système d’Athènes au Vème siècle avant J-C., lorsque les assemblées réunies sur la colline de la Pnyx étaient constituées de citoyens tirés au sort pour représenter leurs pairs.

Eric Vejdovsky

A propos de Eric Vejdovsky

Après s’être dédié à muscler les jambes d'une entreprise en qualité de responsable formation, puis à nourrir l’esprit de managers comme consultant, Eric se consacre désormais à parler aux coeurs des dirigeants afin qu’ils s’autorisent à expérimenter de nouvelles voies pour une gouvernance plus ouverte et porteuse de sens.